Les tripes ou rien, la tournée pacalpörkölt à Budapest
Sur cette page
- Rosenstein Vendéglő : l’assiette du jeudi
- Torockó Vendéglő : celui qui n’en manque jamais
- Ce que coûte une assiette de pacal
- Guide de survie du pacalpörkölt
- C’est quoi, au juste, le pacalpörkölt ?
- Est-ce que ça va détruire mon estomac ?
- Ça se mange avec quoi ?
- On boit quoi avec ?
- J’ai toujours peur. Il y a plus doux ?
- Commander comme un local
- Le mot de la fin
Laissez tomber le goulasch à touristes et attaquez directement les abats
Deux restaurants de Budapest valent la traversée de la ville pour un pacalpörkölt, et un seul le cuisine à jour fixe. Le Rosenstein Vendéglő, près de Keleti, pose le pörkölt de tripes et ses pommes de terre bouillies sur la table tous les jeudis, à 4 950 HUF. Le Torockó Vendéglő, loin dans Kőbánya, en garde trois versions à la carte permanente, sept jours sur sept, à partir de 4 400 HUF.
La liste est courte, et c’est voulu. Le pacal quitte discrètement les cartes de Budapest, y compris chez ceux qui ont bâti toute leur identité sur les ragoûts hongrois : le Gettó Gulyás a déménagé au 18 Wesselényi utca et aligne désormais treize plats sous Pörköltek, du gésier à la crête de coq, sans une seule tripe. Si un guide vous envoie quelque part pour du pacal, regardez sa date.
Le tuyau : ce que les touristes appellent goulasch est en réalité un pörkölt, un ragoût épais. Le vrai gulyás est une soupe. Confondre les deux, c’est appeler un Écossais un Anglais. Évitez.

Photo : Christo, CC BY-SA 4.0. Un pörkölt hongrois ordinaire, avec ses pommes de terre bouillies et sa savanyúság. C’est la famille de plats à laquelle appartient le pacalpörkölt, et non le pacal lui-même : la version aux tripes remplace ces cubes de viande par des lanières souples de paroi stomacale.
Rosenstein Vendéglő : l’assiette du jeudi
C’est quoi ? Un vendéglő hongrois et judéo-hongrois sur deux étages, dans une rue calme derrière la gare de Keleti, tenu par la famille Rosenstein, avec une carte imprimée en sept langues et six salons privés à l’arrière. Les tripes n’y sont pas une ligne permanente. Elles occupent une place dans la rotation hebdomadaire de la cuisine, un plat par jour de semaine, et le jeudi est le créneau des tripes.
Pourquoi ça vaut le coup. C’est la version à commander si vous voulez un pacalpörkölt cuisiné par une maison qui réussit aussi le foie gras et le cholent, dans une salle où la nappe et la carte des vins se prennent au sérieux. La contrepartie, c’est la rigidité : venez un mardi et vous aurez du poumon braisé et ses quenelles de pain, parce que la rotation ne plie pas pour vous.
Le conseil d’initié. Le formulaire de réservation du site n’est pas une réservation automatique. Rien n’est confirmé tant qu’ils ne vous ont pas répondu par e-mail, et ils se donnent 48 heures pour le faire : ne le remplissez donc pas un mercredi soir en espérant une table le jeudi. Le téléphone va plus vite. La cuisine prépare aussi le plat du jeudi jusqu’à épuisement, alors un créneau tardif revient à parier sur l’appétit des autres.
Les infos.
📍 1087 Budapest, Mosonyi utca 3 (VIIIe arrondissement, à deux pas derrière Keleti) 🕛 Du lundi au samedi, de 12h à 23h. Fermé le dimanche 💰 Pacalpörkölt velefőtt burgonyával, 4 950 HUF (environ 14 €). Un service de 10 % s’ajoute à l’addition ☎️ +36 1 333 3492 · +36 30 746 1603 · rosenstein@rosenstein.hu · La carte · Le site
Après le repas : le cimetière de Kerepesi est à quelques minutes à pied, et c’est l’un des plus beaux ensembles funéraires historiques d’Europe. C’est aussi l’endroit correct pour penser à sa propre fin après une assiette de paroi stomacale.
Torockó Vendéglő : celui qui n’en manque jamais
C’est quoi ? Un vendéglő de quartier centenaire sur la place Martinovics, à Kőbánya, en service depuis 1906 et sous sa forme actuelle depuis 1985, avec un jardin à l’arrière et une carte qui traite les abats comme une catégorie et non comme une curiosité. La rubrique s’appelle « Delikátok, Belsőségek », et elle contient trois variantes de pacalpörkölt plus un bol de moelle frite.
Pourquoi ça vaut le coup. La régularité. Le Rosenstein cuisine les tripes une fois par semaine ; le Torockó les a sur la carte chaque jour d’ouverture, en trois intensités, donc c’est là qu’on va quand l’envie ne tombe pas le bon jour. La contrepartie, c’est le trajet : Kőbánya n’est sur l’itinéraire touristique de personne, et il faut un tram à travers la vieille ceinture industrielle de la ville.
Le conseil d’initié. Commencez par l’Erdélyi csorba leves pacallal, la soupe aigre transylvaine aux tripes, à 2 900 HUF. Un demi-litre de bouillon acidulé introduit la texture bien plus doucement qu’une assiette entière de pörkölt, et si vous décidez que les tripes ne sont pas pour vous, vous y perdez 2 900 HUF plutôt qu’une soirée. Leur menu du jour en semaine démarre à 11h tant qu’il en reste, et il coûte 200 HUF de moins si vous le commandez avant 21h la veille.
Les infos.
📍 Budapest Xe arrondissement, Martinovics tér 2 (Kőbánya) 🕚 Tous les jours, de 11h à 22h 💰 Pacalpörkölt aux pommes de terre salées 4 400 HUF (environ 12 €) · à la moelle (velős) 4 900 HUF (environ 13 €) · au jarret de porc fumé (füstölt csülkös) 4 900 HUF · soupe csorba aux tripes 2 900 HUF (environ 8 €) ☎️ +36 1 264 5845 · +36 30 746 0020 · totovagast@gmail.com · La carte · Le site
Au-delà des tripes : les rosaces de moelle frite avec leur sauce tartare sont à 4 300 HUF, la soupe goulasch arrive dans un vrai chaudron pour 2 700 HUF, et la soupe de poisson existe en quatre versions de plus en plus sérieuses, dont les deux dernières contiennent des abats de carpe ou de silure. Voilà une cuisine qui ne s’excuse pas d’avoir des organes à la carte. Laissez la carte des vins et prenez une bière.
Ce que coûte une assiette de pacal
| Où | Plat | HUF | Environ (EUR) | Quand on peut en manger |
|---|---|---|---|---|
| Torockó Vendéglő | Soupe csorba aux tripes | 2 900 HUF | ~8 € | Tous les jours, de 11h à 22h |
| Torockó Vendéglő | Pacalpörkölt, pommes de terre salées | 4 400 HUF | ~12 € | Tous les jours, de 11h à 22h |
| Torockó Vendéglő | Pacalpörkölt à la moelle | 4 900 HUF | ~13 € | Tous les jours, de 11h à 22h |
| Torockó Vendéglő | Pacalpörkölt au jarret fumé | 4 900 HUF | ~13 € | Tous les jours, de 11h à 22h |
| Rosenstein Vendéglő | Pacalpörkölt, pommes de terre bouillies | 4 950 HUF | ~14 € | Le jeudi uniquement, jusqu’à épuisement. Plus 10 % de service |
Les prix sont en HUF, c’est ce que vous payez à la caisse. Conversion sur la base de 1 EUR = 363 HUF, taux BCE du 4 septembre 2026. Le taux évolue, les montants convertis sont donc indicatifs.
L’écart tient dans un millier de forints sur cinq assiettes, ce qui en dit long : les tripes sont une viande bon marché, et personne à Budapest n’a encore trouvé comment les facturer au prix touriste. La vraie différence entre les deux maisons n’est pas le prix, c’est de savoir si vous pouvez être dans le VIIIe un jeudi.
Guide de survie du pacalpörkölt
Des réponses directes, sans remplissage. Si le pacal vous intrigue (ou vous terrifie), commencez ici.
C’est quoi, au juste, le pacalpörkölt ?
Un ragoût hongrois de tripes mijoté longuement, à base d’estomac de bœuf. L’âme du plat, c’est une sauce épaisse et généreuse montée sur l’oignon, le saindoux et des quantités héroïques de bon paprika hongrois. Attendez-vous à des notes de cumin, de marjolaine et de laurier en soutien. De la cuisine réconfort pour gens que les organes n’effraient pas.
Est-ce que ça va détruire mon estomac ?
Peu probable. Traditionnellement, c’est une chaleur agréable, pas une brûlure. La plupart des cuisines le laissent doux par défaut ; montez le curseur avec du csípős paprika (paprika en poudre fort) ou une cuillère d’Erős Pista (« Pista le Fort », pâte de piment) si vous voulez du feu.
Ça se mange avec quoi ?
L’accompagnement classique : pommes de terre bouillies ou persillées, parfaites pour saucer. Les deux restaurants ci-dessus le servent exactement comme ça. Du pain blanc frais pour saucer (tunkolás) ne se discute pas.
On boit quoi avec ?
Un rouge hongrois charpenté comme l’Egri Bikavér tient tête au gras, là où il y a une vraie carte des vins. Dans un vendéglő de quartier, une bière fraîche ou un fröccs (vin coupé d’eau gazeuse) coupe le gras plus vite et coûte moins cher.
J’ai toujours peur. Il y a plus doux ?
Aucun jugement. Entrez par la soupe de tripes du Torockó, ou évitez les abats et commandez un csirkepaprikás (poulet au paprika et à la crème aigre) ou un classique marhapörkölt (ragoût de bœuf). Les deux arrivent avec des nokedli (petites boulettes de pâte hongroises) et mettent tout le monde d’accord, des grands-mères aux touristes.
Commander comme un local
- 📌 Prononcez-le correctement : « PA-tsal », pas « pa-kal ».
- 🌶️ Demandez csípősen si vous l’aimez relevé.
- 🍞 Du pain en plus (kenyér), c’est toujours une bonne idée.
- 🍺 Accompagnez d’un fröccs : 2 dl de vin + 1 dl d’eau gazeuse, c’est le « kisfröccs » classique.
- ⏰ Venez tôt. Les deux cuisines en préparent une quantité fixe et s’arrêtent quand il n’y en a plus.
Le mot de la fin
Le pacalpörkölt sépare les gens qui mangent la cuisine hongroise de ceux qui la photographient. C’est aussi le plat qui a le plus de chances d’avoir disparu du restaurant où un vieux billet de blog vous envoie, et c’est pour ça que ce guide nomme deux adresses et pas dix.
Si votre jeudi est libre, prenez le Rosenstein : meilleure salle, meilleure cuisine, et la version la plus susceptible de convertir un sceptique. Sinon, direction Kőbánya, où le Torockó pose des tripes sur les mêmes tables depuis 1906 sans montrer le moindre signe de fatigue. Dans les deux cas, vous paierez moins de quinze euros une assiette que la plupart des restaurants d’Europe ont cessé de cuisiner il y a deux générations.
Vos abonnés Instagram survivront très bien à une photo du Parlement en moins. Votre palais ne survivra peut-être pas à la maîtrise hongroise des viscères, et c’est précisément le sujet.
Prix de la carte, horaires, jours de fermeture, service et politique de réservation relevés sur rosenstein.hu et torockovendeglo.hu le 5 septembre 2026.
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